Du 22 juin au 9 juillet 2014. Trente-quatrième édition, trente-quatrième programmation. Le Festival Montpellier Danse a vu le jour à un moment clef de l’histoire de la danse contemporaine française. Complice des plus grands, toujours à la recherche de nouveaux talents, l’institution demeure un rendez-vous incontournable du public et des professionnels.

Après plus de trente ans de créations, le poids de l’histoire ancre Montpellier Danse dans des problématiques autres qu’une programmation de plus. Il y a le risque du conformisme, de la répétition ou de la surenchère, déjà souligné en 2010 par Georges Frêche. Il y a les attentes d’un public constitué au fil des éditions et qui accepte parfois difficilement la disparition de certains courants de danse. Une réussite qui peut être un handicap et quoi qu’il en soit une lourde responsabilité.

Cette année, Jean-Paul Montanari, à la vigie et au gouvernail depuis la première édition, a porté une attention toute particulière à rendre visible les lieux de spectacle. Ceux de l’Agora, cette Cité Internationale de la Danse, nichée dans une ancienne caserne qui abrite tout à la fois le Centre Chorégraphique National et Montpellier Danse. Et, chacune à une extrémité de Montpellier, l’immense salle du Corum et la petite salle de La Vignette. Envie aussi de visibilité du travail des artistes en multipliant le nombre de représentations, afin qu’il soit exposé au plus grand nombre de regards. Une édition faites de questions concrètes et matérielles.

Difficile d’imaginer Montpellier avant la danse. Calme et bourgeoise, une ville de province endormie, fière de ses universités, dans laquelle les propositions artistiques étaient rares et qui était, en quelque sorte, à côté de son époque. Tout se passait ailleurs. Ailleurs mais pas vraiment dans le champ de la danse qui à l’orée des années 80 n’a ni réseau ni structure et pas beaucoup plus de créateurs. Alors, le hasard se charge d’une rencontre capitale pour la danse et la ville. Georges Frêche croise le chemin du premier prix du concours de Bagnolet 76 à qui il offre de créer et de diriger le Centre Chorégraphique Régional : Dominique Bagouet s’installe à Montpellier et la collaboration entre les deux hommes scelle son destin comme nécessaire lieu de danse.

Jean-Paul Montanari arrive dès 1980 et la première édition, au lendemain de l’élection de François Mitterrand, s’appuie sur ce trio : un visionnaire pragmatique, un artiste et un militant. La première édition du festival s’ouvre avec les années Jack Lang, la décentralisation culturelle et l’action de Maurice Fleuret – directeur de la musique et de la danse – en faveur de la création.

Bagouet et Montanari choisissent dès le début de renvoyer dos à dos classiques et contemporains et de donner à voir toutes les danses pour tous les publics : un opéra baroque, les lauréats de Bagnolet, les Ballets de l’Opéra de Cuba et de Paris, les Derviches tourneurs d’Istanbul, du folklore catalan, Dominique Boivin mais aussi Susan Buirge et Peter Goss, les pédagogues. Cette vision perdure jusqu’à aujourd’hui dans un festival qui ne vise pas la représentativité mais l’équilibre entre des esthétiques, des territoires, des réflexions diverses. S’il fallait alors tout faire découvrir – des combats d’une danse contemporaine qui se voulait « un actuel du corps» aux danses du monde, des maîtres américains aux illusions d’une époque – aujourd’hui le travail continue et s’appuie sur les rencontres entre des artistes invités et un public constitué et exigeant.
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Lorsque l’on se penche en détail sur l’histoire du festival, une constante apparaît : la présence de J.P. Montanari et la fidélité aux artistes dans le temps nécessaire à construire leur œuvre.

Tous les détails de la programmation sur  http://www.montpellierdanse.com/

 

PHOTOS

  • ALONZO KING : RESIN. PHOTO : RJ MUNA
  • MATTHIEU HOCQUEMILLER : (NOU). PHOTO : ALEXIS LAUTIER
  • BORIS CHARMATZ : ENFANT. PHOTO / MARC DOMAGE