Paris.
Théâtre National de Chaillot, jusqu’au 27 juin 2014.

« Aimez-vous Brahms ? »

Sans vouloir plagier Sagan, à l’issue du triptyque présenté à Chaillot par le NDT, on ne peut que ressentir cette petite musique âpre et douce à la fois : celle de la mélancolie.
La soirée débute avec comme il se devait logiquement une pièce de Kylian, qui est identifié comme le chorégraphe notoire, après Van Manen, du ballet fondé en 1959. Sur les sons hachés de Haubrich, Mémoires d’oubliettes est un doux poème où l’on reconnaît la patte du maître : cette fluidité de mouvements, ce sourire amer et tendre qui nous vient face à ces personnages ambigus qui nous touchent car ils nous ressemblent.

SOLO ECHO ~  Crystal Pitedancer:: Bryan AriasNEDERLANDS DANS THEATER 1 2012
Suit Solo Echo de la chorégraphe canadienne Crystal Pite : même en luttant, on verse sa petite larme devant l’émouvant spectacle de ces corps fondus et qui paradoxalement ont l’énergie d’un Forsythe, voire la pétulance du jazz… sur Brahms.

 

Cette encore jeune artiste prouve qu’elle est capable d’utiliser le corps de ballet de l’une des plus prestigieuses et attendues compagnies du monde, sur un mode inattendu, qui renouvelle sa gestuelle en lui donnant ce petit air triste et chic qui nous grise, sous un paysage enneigé à gros flocons ou poudre d’étoiles (comme on veut) qui nous fouette le sang.

Enfin, Shoot the moon du tandem directeur du NDT, Sol Leon et Paul Lightfoot, nous emmène dans un huis-clos mobile : sur la musique de Glass, usée, voire abusée des chorégraphes, des couples se font et se défont (se défont surtout, ou plutôt, ne se rencontrent jamais), grâce à une minutieuse mécanique de caméras qui projettent les gestes des danseurs sur un écran tandis que les autres sont visibles devant la scénographie de cette chambre mobile où portes restent closes et fenêtres ouvertes sur le vide dès qu’il s’agit d’aimer. On apprécie donc de voir Glass convoqué à bonnes fins, même si finalement, la solitude l’emporte jusque dans les duos.

Bref, un programme qui rappelle que nous devons beaucoup aux fondateurs du NDT, qui nous donne un plaisir chagrin (mais pour le dire comme Spinoza : « pas de joie sans douleur »), et, pour le dire autrement, nous convainc, si c’était encore à faire, que la Hollande n’est pas que l’autre pays du fromage.

 

Photo : SOLO ECHO ~ Crystal Pite, Valentina Scaglia