Dans une Agora destinée à devenir studio de Danse pour accueillir les élèves du Conservatoire, Montpellier Danse présente la saison 2014-2015. Une programmation éclectique et réjouissante mise en scène dans un film de présentation d’une qualité rare, ou quand la communication choisit de magnifier le travail des artistes plutôt que la manifestation elle-même.

Alors que la Communauté d’Agglomération de Montpellier, présidée par son nouveau maire réitère son soutien financier et moral au Festival, Jean-Paul Montanari et Gisèle Depuccio choisissent l’entraide et la mutualisation des lieux et des budgets. Les collaborations et les co-productions seront multiples, Jean-Paul Montanari s’amusant de voir le contemporain porté et défendu par d’autres institutions que Montpellier Danse. Il signale une pliure historique, un moment où le théâtre ne se pose plus la question du corps ou de la parole mais, comme le dit Rodrigo Garcia, seulement du concept, de la poésie, de l’esthétique. Les anciens combattants du corps, dont Jean Paul Montanari fait partie depuis presque 40 ans, ont ouvert une voie qui ne se ferme plus – malgré les énergies réactionnaires qui ne cessent de s’agiter ici ou là. L’arrivée de nouvelles personnalités, artistes, politiques ou administrateurs ancre l’héritage, provoque la transmission et bouscule les lignes. Pas de révolution réactionnaire à Montpellier, pas de course au théâtre de texte, à l’Opéra traditionnel, à l’interprétation musicale pure ou à la danse-danse…

Cela donne une programmation protéiforme, la forme étant le dernier soucis des directeurs présents à la tribune. Avec Humain Trop Humain, le CDN dirigé par Rodrigo Garcia et Nicolas Roux, Montpellier Danse fait venir le brésilien Marcelo Evelin qui présente Matadouro, une chorégraphie de bataille, une course ininterrompue contre l’ennui installé en nous, à ne pas manquer. La saison ouvre avec les Empty Moves d’Angelin Preljocaj, une fiction non narrative à la partition complexe qui renvoie aux meilleures pièces du chorégraphes avant les grands spectacles scénographiés. En partenariat avec l’Opéra aujourd’hui dirigé par Valérie Chevalier-Delacour, le flamenco insoumis de Rocio Molina, également présente à la Biennale de Lyon, flamme au génie « duende » intraduisible – double, possédée, désir, démone. Philippe Découflé, l’humoriste de la danse, discrètement oublié et joliment populaire, viendra présenter une fantaisie expérimentale encore en fabrication. Au théâtre universitaire de La Vignette, Nicolas Dubourg recevra X Rotonda de Patrice Barthès, une représentation dansée de l’œuvre architecturale d’Andrea Palladio ; une reprise de l’hypnotique et virtuose So Blue de Louise Lecavalier, ce solo qui se transforme en duo de morphologies complémentaires mais aussi le triptyque Sauce / Hachia / va, vis et deviens d’Hamid El Kabouss, réflexion sur l’exil, la rencontre et le mélange ainsi que Singspiele de Maguy Marin dans laquelle David Mambouch laisse une succession d’individus emprunter son corps délicat et pourtant lourdement présent. Le Théâtre Jean Vilar et Frantz Delplanque présenteront le travail que le collectif 2 temps 3 mouvements a mené avec des habitants du quartier de La Paillade, entre burlesque de cirque et poésie incarnée : Je suis fait du bruit des autres, un titre qui résume à lui seul la nécessité de l’en-commun.
La ronde turque de Christian Rizzo – une histoire vraie – sera quant à elle accueillie par le Domaine D’O de Marc Lugand. Carolyn Carlson avec Now, manifeste en 7 parties autour de la poésie de Bachelard sera à l’Opéra Comédie et Mourad Merzouki et son immersion dans les images numériques, Pixel, à l’Opéra Berlioz.

Danse venue d’autres territoires – Brésil, Espagne,Turquie – d’autres traditions – hip hop, cirque, tableau vivant, flamenco, accueil du festival de claquettes – programmations & lieux partagés : Montpellier Danse, festival historique de la danse contemporaine, se joue des difficultés qui menacent la diffusion de l’art et défend la danse plurielle d’une époque donnée.

Photo : Marie Juliette Verga