Avant-première au Théâtre de Vanves, Artdanthé. Le 13 février à 21h.

On ne parle jamais que de soi

C’est sans doute cette phrase de Lacan qui est à l’origine, à son insu, du monologue du chorégraphe portugais Nuno Lucas. A son insu car, en toute innocence, notre jeune homme n’entend pas délivrer de message psychanalytique, encore moins œuvrer à une leçon de sociologie. Seul sur scène pendant cinquante minutes, il l’est et le restera. Déjà vu ? Non. Car nous n’aurons pas affaire à une étude de cas d’un danseur dans son parcours social, à l’instar du travail de Jérôme Bel avec Cédric Andrieux ou Véronique Doisneau par exemple, mais à une plongée ludique et poétique dans l’espace intime de nos émotions.

Nuno sera seul, certes, sur le plateau, mais convoquera des personnages qui l’ont hanté et le hantent, en les rendant présents. Sa grand-mère par exemple, pour son « parler entre plusieurs modes d’expression », avoue-t-il, sourire aux lèvres. Parents, copine, potes, c’est tout le champ sociétal d’un jeune homme immigré vivant à Paris dont il sera fait état. Mais pour être transcendé en un champ sémantique de paroles vives, qui dépassent la narration neutre, en un appel à l’intériorité du spectateur. Et communicatif, Nuno l’est : il est passé par le chant, la musique, les performances de groupes. Ces expériences nourrissent son travail actuel de recherche d’un langage pluriel, quoique exprimé en solo. Notre artiste part de situations simples, d’anecdotes qui ne peuvent pas ne pas renvoyer le public à ses propres histoires. Or, « je pense que tout comme les rêves que l’on peut avoir pour en parler à son psy, la plupart des histoires que nous vivons sont provoquées par nous dans le but inconscient d’avoir à les raconter aux autres », confesse-t-il. Du partage, donc, à l’origine de nos actions, comme le moteur caché, la petite ruse de la raison au cœur de nos actions.

Des histoires simples, donc, mais qui seront le nerf d’une langue poétique comme véhicule des émotions de chacun. Mais alors, ce ne sera pas de la danse ? Si, puisque « ma diction est une cadence musicale, bien que je ne me considère pas comme un littéraire, qui conduit à des sensations kinesthésiques de rythme et de mouvement dans la chair du spectateur », reprend-il. Un appel introspectif au sens interne donc, ou comment faire voyager depuis son fauteuil dans les contrées imaginaires, en ressentant intimement les déplacements de nerfs, d’émotions, de sensations tapies en nous. Et pour recevoir un tel état de corps, la grande scène du Théâtre de Vanves est idéale. Avec sa grande jauge, les sentiments seront démultipliés, et la présence joviale du performeur décuplée. Car Nuno, bien que humble, discret, est avant tout une personne d’écoute et d’empathie, qui instaure, presque malgré lui, un espace de confidence. Avec son attitude avenante, il met à l’aise tout interlocuteur, et incitera par là le spectateur à jouir d’un moment avec lui, qui sera par retour un instant de reconnaissance de soi-même. Avec une légèreté assumée, parce que «  en les temps en lesquels nous vivons, sans parler même des drames personnels que nous traversons tous, comment ne pas désirer les surmonter par le plaisir simple du partage de rires ? »

Nous concluons donc par un autre trait lacanien : celui de la sublimation. Pour en faire l’expérience, il ne vous reste plus qu’à réserver.

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