A la tête de la Compagnie Nationale de danse espagnole depuis 2011, succédant à Victor Ullate ou Nacho Duato, le danseur étoile émérite de l’Opéra National de Paris nous a convaincu que sa direction artistique mettait la barre très haut dans le paysage chorégraphique mondial. De passage à Biarritz, afin de rendre un hommage anniversaire aux 25 ans du festival Temps d’Aimer, il avait choisi Forsythe, Galili et Naharin qui en ont scandé les belles heures. Rencontre avec un chorégraphe et directeur aussi brillant que modeste.

« Lorsque je suis arrivé, il m’a fallu faire évoluer le répertoire vers la pointe, qui manquait. Aujourd’hui, je dispose dans la compagnie de trois types de danseurs : les spécialistes du contemporain, les classiques, et ceux qui naviguent entre les deux mondes. Dans le paysage espagnol, manquait au public le répertoire classique, qui est une demande que je m’efforce de combler. » C’est que notre homme, formé avant l’Opéra par José Ferran chez Rosella Hightower, a su apprendre de cet illustre professeur la générosité et le flair autant que la musicalité… ce qui lui a d’ailleurs ouvert les portes de l’Ecole de danse de Claude Bessy, l’aidant à s’y adapter avec brio. 
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Depuis, on sait que Ek ou Gallota l’ont élu au cœur de leur œuvre.  Or, c’est le rôle de James dans La sylphide de Taglioni, remontée par Pierre Lacotte et Ghislaine Thesmar, qui l’a consacré étoile. « Un rôle plus intéressant en cette version-là que dans celle de Bournonville, avec notamment dans le « Pas de trois » une rigueur au plus près des exigences contemporaines, très technique pour le garçon. »

L’avenir ? Un lieu de création à Madrid, la Zarzuela, le renforcement de la technique des filles – « les garçons sont pour le moment plus au fait, mais j’espère que par mes choix, les écoles suivront le mouvement et adapteront leurs exigences à un répertoire où la pointe est essentielle » – ainsi, en décembre 2015, qu’une création de Don Quichotte. «  Ma version diffèrera de celle de Noureev, car je suis espagnol ! Je peux déjà vous dire que les costumes compteront de véritables capes de toréadors, que je me placerai, loin de l’esprit russe, au plus près de l’esprit de Cervantes, et que, même si l’on verra les dryades, ma version sera une tentative d’authenticité. » On a hâte de voir le résultat…sans aucune crainte d’être déçu.

 

Photos : Fernando Marcos, Bernardo Doral