Jusqu’alors, janvier sonnait à Lyon le rendez-vous de la danse avec la musique contemporaine, dans un joyeux charivari de rencontres entre compositeurs et chorégraphes. Le lieu lyonnais dédié à la création et aux résidences d’artistes revoit aujourd’hui différents aspects de son projet et invente un tout nouveau temps fort autour de la danse : le mois sera celui de la singularité des propos et des identités artistique, que Manuel Roque ouvre avec un solo saisissant.

« Danseur exceptionnel » est une expression qui revient souvent lorsque l’on parle de Manuel Roque. Pour qui s’intéresse à la danse nord-américaine, il est une figure d’interprète marquant que l’on a pu retrouver chez la chorégraphe Marie Chouinard, comme chez Paul-André Fortier ou Sylvain Emard – autant dire la fine fleur de la chorégraphie canadienne. Et si l’on creuse plus avant, sans doute pourra-t-on retrouver quelques traces de son passé de circassien, avec un jeune homme tout droit sorti de l’École Nationale de Cirque de Montréal et qui, fort de sa technique d’acrobate aérien, participait déjà à la troisième création du Cirque Eloize. Aujourd’hui, l’heure n’est plus aux démonstrations de virtuosité. Des petites formes telles que des solos et un duo font désormais partie de son répertoire personnel, qui sonde les états de corps et les états d’âme comme matière première à la danse.

Manuel Roque raconte qu’il a passé deux mois dans le désert avant de passer à l’écriture de sa pièce Data, présentée aux Subsistances. Pourtant, aucune trace des grandes étendues dans le résultat de son travail. Sa quête d’isolement et de solitude s’exprime avant tout dans une recherche sur les fondements de sa propre danse, dans la tentative d’une signature corporelle cousue main, et dans la fusion entre le chorégraphe et l’interprète. Même accompagné du Requiem de Fauré, même aux côtés d’une sculpture d’argent signée Marilène Bastien, Manuel Roque parvient à imposer une présence énigmatique, voire inquiétante. Torse nu, il révèle les partitions microscopiques que lui dictent ses respirations, mais aussi l’amplitude des gestes que lui permet la laxité de ses membres. D’homme, il devient polymorphe, évolue entre le règne animal et végétal, pour nous perdre dans les méandres d’une physicalité où chaque muscle compte, vibrant, où chaque goutte de sueur révèle une part de son être intérieur, où chaque tendon nous rattache à un monde que seul lui peut porter et nous transmettre… Même dans une posture de spectateur, c’est presque de corps à corps et de peau à peau que l’on appréhende Data.

DATA®_Marilène_Batien

Après Data, Manuel Roque prolonge sa présence aux Subsistances avec une résidence de création autour de son prochain projet, dont il offre un petit aperçu façon « chantier en cours » le 27 janvier à 19h30. Quant aux pratiquants amateurs, ils ne louperont pas le workshop-brunch du 16 janvier, ni même la rencontre avec l’équipe artistique la veille au soir. C’est là tout l’esprit de la manifestation, qui invite également Alexandre Roccoli, Marco Da Silva Ferreira, Cecilia Bengolea et François Chaignaud, ou quelques autres « grands témoins » prestigieux pour répondre à la question : Qui suis-je quand je danse ou quand je fais danser ?…

Le Moi de la Danse, du 14 janvier au 7 février 2016, aux Subsistances, 8 bis quai Saint-Vincent, 69001 Lyon.

Tél. : 04 78 39 10 02.

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Avec Data, de Manuel Roque, du 14 au 16 janvier 2016 à 20h. Photo : Marilène Bastien