Voici venue la cinquième édition du festival imaginé par le Centre Chorégraphique National de Tours pour faire résonner, le temps d’une semaine, le travail de onze compagnies invitées. Théâtres, prieuré, cinéma, médiathèques, musée, cloître… les espaces ne manquent pas pour le rayonnement de la danse, dans tous ses états. Focus sur les moments de création, au cœur de 21 représentations :

La chorégraphe Joanne Leighton a réservé la première de sa création pour l’ouverture de Tours d’Horizons. De son propre aveu, elle situe sa démarche de chorégraphe et directrice de compagnie (WLDN), après l’expérience du CCN de Belfort, comme un « retour aux sources » : une façon de se réapproprier des actions quotidiennes telles que marcher, s’asseoir ou se tenir debout, comme matières pour le mouvement. I am sitting in a room s’inscrit pleinement dans cette démarche, reprenant à son compte l’acte fondateur du compositeur américain Alvin Lucier pour son œuvre du même nom, lorsque, en 1969, l’artiste s’enregistrait, assis dans une pièce, lisant un texte. L’acte de répétition est au cœur de la pièce musicale, où l’on assiste progressivement à une transformation du son. Avec quatre danseurs, Joanne Leighton opère le même type d’évolution, mais en se basant sur la position assise. Une posture corporelle qu’elle étudie sous toutes ses coutures, dans des combinaisons jouant sur la mise en situation d’un corps avec l’autre, et qui offre un étrange écho à la musique d’Alvin Lucier.

I am sitting in a room de Joanne Leighton

I am sitting in a room de Joanne Leighton  © Maurice Korbel

Tout juste créé à Chaillot, Avant toutes disparitions réserve un beau moment de danse au Théâtre Olympia. C’est un spectacle qui tient la promesse d’un monde de grondements au cours duquel peuvent subsister des instants étales de grâce, où tout peut encore rester suspendu. Thomas Lebrun a accordé une place profonde au couple Daniel Larrieu / Odile Azagury, qui sont ici des vétérans bâtisseurs, dont la présence semble vouée à la lente édification d’un espace où couleurs et vie peuvent pousser. Une à une, les plantes qu’ils installent lentement sur la grande étendue de pelouse gagnent du terrain. Derrière eux, c’est comme une fresque, un défilement incessant de corps aux postures bien dessinées. Costumes rétros, corps de désirs et théâtralité dansée font de ces douze personnages des cousins de la famille Pina Bausch. Mais Thomas Lebrun fait monter la tension et met l’accélérateur sur la danse, à mesure que les échos de la guerre se font mieux sentir. Une danseuse joue les Cassandre en tentant des courses d’alertes cent fois recommencées. Mais rien n’y fera, son cri ne pourra pas sortir, et l’échappatoire du groupe se tiendra alors dans la conjuration par le mouvement. Puisant dans des registres de danses sociales, dans des allusions à la mort ou dans des exultations du désir, la chorégraphie soude le groupe dans un geste commun, préférant l’urgence de danser à la soumission au drame. Mais ne nous y trompons pas : dans cette apothéose aux allures de fête inachevée, leur danse ne fait que fouler un sol patiemment et élégamment apprêté, comme pour mieux le détruire. Thomas Lebrun réussit ici une pièce vibrante, pleine d’images, en tension permanente, et qui joue magnifiquement sur le saisissement.

Avant toutes disparitions de Thomas Lebrun

Avant toutes disparitions de Thomas Lebrun © Frédéric Iovino

D’autres moments de création sont à expérimenter au cours du festival : on découvrira par exemple le travail de Séverine Bennevault Caton, intitulé Les Inopinées, en forme de pièce courte pouvant de balader de lieux en lieux. La chorégraphe, qui fut d’abord interprète chez Andy De Groat, puis Frédéric Lescure, Serge Ambert ou avec la compagnie Retouramont, livre ici un solo qui habite autant ses propres territoires intimes que des lieux de la ville de Tours non dédiés au spectacle. Pascale Houbin s’est également mise en situation de création pour ce festival, mais d’une façon bien spécifique : il s’agira de découvrir le travail réalisé par la chorégraphe pendant neuf mois auprès d’amateurs tourangeaux, et qui donnera naissance à Multiples. Une autre facette de la diversité chorégraphique d’aujourd’hui.

 

Nathalie Yokel

 

Du 3 au 11 juin 2016.

Tél. : 02 47 36 46 00

www.ccntours.com