Taoufiq Izeddiou vient de signer un très beau solo, rassemblant sur scène une idée de la spiritualité en lien avec les forces vives de la musique.

C’est d’abord un homme déterminé, concentré, qui s’offre à nous dans le premier motif d’une ronde. Une marche qui prend l’espace et qui laisse ensuite place à l’empreinte du corps massif de Taoufiq Izeddiou. Sa danse évoque d’emblée un rapport au divin, ou à des forces qu’il appelle de ses gestes. Il jette son buste en avant, ses bras l’entraînent du haut vers le bas, il sautille, d’un appel de la main il invite les puissances telluriques à se joindre à lui, les fait rentrer dans son cœur, ou chasse les démons loin de lui. Dans ce rapport presque intime à l’immatériel, le danseur n’est pas seul, et la réussite de sa pièce tient également dans le rapport qu’il installe avec la musique comme dans l’histoire qu’il écrit avec les deux guitaristes. A jardin, Abddellah Naitmaou alias Maalem Stitou, et son guembri. A cour, Mathieu Gaborit aka Ayato, avec sa guitare électrique. Au début, chacun agit dans une forme de triangulation, jusqu’à ce qu’un jeu de regard, incluant le spectateur, propose une véritable circulation entre les trois hommes. Là encore, le cercle s’éprouve, même symboliquement. Les instruments dialoguent, contrastent, se complètent : « Le guembri, ça va dans le cœur, mais la guitare électrique, ça tape dans le cerveau, dans la tête », dira plus tard le chorégraphe.

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En Alerte de Taoufiq Izeddiou © Iris Verhoeyen

Dans une deuxième partie, Taoufiq Izeddiou joue davantage sur des images qu’il construit dans un imaginaire très personnel mais touchant à l’universel. Marquant au sol, paumes ouvertes, un paysage lunaire qui introduit la spirale comme énergie contaminant ensuite son corps, il est tout autant mystérieux lorsqu’il revêt un casque : c’est à ce moment qu’il choisit de réclamer un câlin, dans une petite parenthèse qu’il adresse au public. Ainsi embrassé par le quidam et malgré la distance créée par l’accessoire qui lui couvre entièrement la tête, il aspire au repos. Un appel d’air, un retour à soi et aux musiciens qui l’entourent, avant une dernière et véritable mise à nu. Dos à nous, il s’offre alors aux signes qui pleuvent sur lui et coulent sur sa peau, qui ne sont autres que le mot de Dieu, un dieu qui s’exprime à travers de multiples langues et cultures. Voici une pièce qui sait rester énigmatique, pour mieux travailler dans le corps du spectateur l’état d’alerte que préconise le titre, et interroger son sens du spirituel.

Nathalie Yokel

Spectacle vu au Festival de Marseille.

Prochaines dates :

Les 8 et 9 juillet à 18h au Studio Bagouet, boulevard Louis Blanc, 34000 Montpellier.

Tél. : 0800 600 740

www.montpellierdanse.com