Créé en mai dernier, le solo de François Ben Aïm revient cet automne avec ses images, ses mystères, son espace intime et dévorant à la fois… Un visage, une facette du chorégraphe à (re)découvrir, avant la création-événement de leur prochain projet avec Ibrahim Maalouf.

Se souvient-on l’avoir déjà vu seul, sur scène ? Son nom, si souvent accolé à l’expression « les frères », parce qu’associé dans le travail et la complicité artistique à son frère Christian, cache une singularité. Si bien que ce solo n’apparait plus comme un projet des « frères Ben Aïm », mais comme la parole de François, prise dans un désir de retour à soi. Initialement, le titre du spectacle s’achevait par « qui je fus », comme pour mieux signifier son attachement à la définition d’un être profond enfoui, à faire resurgir pour retrouver, par strates, les déterminants de celui qui s’offre aujourd’hui sur le plateau.

Peuplé, dépeuplé, de François Ben Aïm, photo DR

Peuplé, dépeuplé, de François Ben Aïm, photo DR

Au final, c’est un François Ben Aïm furieusement accompagné que l’on découvre dans ce « solo ». D’abord par la musique, jouée live dans un duo basse-batterie qui, quoique pas tout à fait à découvert visuellement, s’impose comme un partenaire incontournable à la fois porteur pour le danseur et enveloppant pour l’espace. Ensuite par la sélection d’objets choisis qu’il dévoile par petites touches, comme des fétiches, des réminiscences, des compagnons de route, et qui détiennent chacun la potentialité d’une histoire, d’un instant de vie… Mais surtout, c’est la scénographique qui offre au danseur un terrain de jeu sur-mesure. Dans cette pièce, il ne peut exister sans elle, sans cette forêt de stèles ou de socles qui portent le moindre de ses déplacements, et offrent l’expérience de sa présence, entre apparitions et disparitions. Imaginée par Camille Duchemin, elle est la parfaite synthèse des espaces traversés par tout le travail de la compagnie jusqu’alors, dans une configuration plus abstraite. Néanmoins, elle n’offre au danseur que peu d’échappatoire. Et c’est là que François nous surprend : dans ce parcours à la fois semé d’embûches physiques et d’oscillations intimes, c’est l’altérité qu’il finit par convoquer. Alors, ce solo devient pour le spectateur un voyage, pour peu que l’on accepte les territoires mystérieux, les énigmes suspendues, où l’être peut se fondre dans l’autre. Dès lors, l’identité n’est plus une question à traiter au passé, mais à poser dans le présent mouvant de la rencontre, sur scène, avec celui qui est comme avec celui qui regarde. Elle balaye les attendus et accepte de devenir une construction, un imaginaire inachevé, un fantasme.

Nathalie Yokel

Peuplé, dépeuplé, de François Ben Aïm :

Le 4 novembre 2016 à 20h30 au Centre des Bords de Marne, 2 rue de la prairie, 94170 Le Perreux-sur-Marne. Tél. : 01 43 24 54 28. www.cdbm.org

Le 18 novembre 2016 à 20h30 à l’Espace Culturel André Malraux, 2 place Victor Hugo, 94270 Le Kremlin-Bicêtre. Tél. : 01 49 60 69 42. www.ecam-lekremlinbicetre.com

Le 2 décembre 2016 à 20h30 au Théâtre de Châtillon, 3 rue Sadi Carnot, 92320 Châtillon. Tél. : 01 55 48 06 90. www.theatreachatillon.com

Le 12 janvier 2017 à 20h30 au Théâtre de l’Hôtel de Ville, en partenariat avec le CNDC d’Angers, 1 rue Saint-Gilles, 49180 Saint-Barthélémy-d’Anjou. Tél. : 02 41 96 14 90.