Prévoyez large pour votre soirée du 11 novembre : Arte diffuse deux épisodes de la série Let’s dance ! Après le premier opus consacré à la danse de groupe (voir notre article du 7 novembre), on reste devant son petit écran pour un grand écart vers le monde du solo.

Ce sont des formats de moins d’une heure, alors, pourquoi s’en priver ? Ces documentaires à l’écriture vive et aux images bien léchées ont l’avantage de nous conduire à chaque fois dans des voyages fulgurants, sans temps mort, à la découverte de différents aspects du monde de la danse. Sans complexe, on saute donc au cours de la même soirée de la danse de groupe au solo. L’épisode 2 s’ouvre sur Laura Hecquet, danseuse étoile du Ballet de l’Opéra de Paris, en Paquita. Une étoile, danseuse unique, seule en haut de son firmament, de sa hiérarchie, et héritière d’une tradition qui fit de Louis XIX la figure la plus emblématique du solo. Une figure royale. Mais à quel prix ? Les témoignages se suivent – même s’ils ne se ressemblent pas -pour évoquer la solitude, la tristesse aussi, la prise de risque, la terreur avouée même par deux grandes dames de la danse que sont Yvonne Rainer et Carolyn Carlson, la responsabilité ou l’envie de laisser une trace… Seul face à soi, et soi comme meilleur ami ou comme pire ennemi ?

Let's dance copyright olivier lemaire

Let’s dance copyright Olivier Lemaire

Le documentaire s’attache au solo comme figure essentielle de la modernité en danse, développée avec le XXè siècle naissant. Loïe Füller, vue par les danseuses du Cabaret New Burlesque, Valeska Gert, par Boris Charmatz, ou Josephine Baker avec Raphaëlle Delaunay, nous rappellent que cette expression de la danse a fait office de rupture tout autant esthétique que politique. Mais le parti pris du film va plus loin, en dévoilant, en même temps, l’autre travail de rupture sous-jacent : celui d’avec la domination masculine, à l’œuvre dès les pionnières de la danse moderne puis chez les postmodernes américaines. La question de la féminité nous conduit ensuite vers celle du genre, dans différentes formes d’expression de la danse, à travers le voguing, le travail de corps de Christine and the Queens, ou les solos de Mark Tompkins. Encore une belle variété d’entrées pour mettre en valeur la danse sous toutes ses formes.

Let's dance solo copyright Olivier Lemaire

Let’s dance solo copyright Olivier Lemaire

On ressort également de ce film comme on sortirait des coulisses d’un spectacle : les témoignages nous révèlent ce qui est caché, et les caméras se sont glissées dans des lieux et des moments de travail très intéressants : ce sont les danseuses classiques de l’Opéra de Paris que l’on appréhende sous un jour nouveau, toutes à leurs efforts d’attraper le déhanché d’une Josephine Baker – vaste programme ! Où dans des postures d’une sensualité dévastatrice, conduite pas un maître du voguing sur le marbre froid du Palais Garnier. En contraste, on accède aussi comme par effraction à la profonde intimité du travail de Hamdi Dridi, en forme de journal intime en hommage à son père. Au final, le solo est-il bien affaire de solitude ? Pas si sûr, comme nous le rappelle Raphaëlle Delaunay, pour qui il s’agit aussi de « convoquer des fantômes pour ne pas se sentir seule ».

Nathalie Yokel

Série documentaire de Florence Platarets et Olivier Lemaire. Let’s dance 1 (tous en scène) à 22h25, et Let’s dance 2 (solo) à 23h20, le 11 novembre sur Arte.