Coup d’envoi du festival piloté par le CNDC d’Angers entièrement dédié à la forme du solo en danse : une semaine entre Saint-Barthelemy-d’Anjou et Angers où les histoires personnelles se mêlent aux questions patrimoniales. Avec, dans cette programmation, l’expression de grands danseurs qui brillent comme autant d’étoiles.

Le Festival Danse Solo met en lumière les projets de chorégraphes de la scène actuelle, mais prend un malin plaisir à convier, en filigrane, quelques grandes figures de la danse. Ainsi, ce n’est autre que Pina Bausch que l’on retrouvera dans deux pièces signées par deux interprètes du Tanztheater de Wuppertal. La grande dame n’a pas fini de laisser ses traces, même dans l’histoire en train de s’écrire… Raphaëlle Delaunay, qui quitta les rangs de l’Opéra de Paris pour la rejoindre en Allemagne, raconte dans Debout ! son histoire. Un parcours qui l’a portée du classique au contemporain parmi les plus grands créateurs, mais qui n’épargne pas les moments plus délicats où elle évoque les discriminations, liées à ses origines, sous les ors de la plus haute institution française. Et quel bonheur de la voir esquisser, d’un seul mouvement de bras ou d’une simple marche, les plus beaux gestes de la chorégraphe Allemande… Dans un autre registre, l’intention de Cristiana Morganti est la même : se raconter. Elle le fait dans son lien à son art, et à la chorégraphe dont elle est devenue une des danseuses « historiques ». Jessica and me forme une sorte d’auto-observation aussi bouleversante qu’amusante.

Debout ! de Raphaëlle Delaunay. Crédit : compagnie Traces

William Forsythe est aussi un des invités de ce festival, à travers le solo de Noé Soulier. Comme il a pu le faire précédemment avec le vocabulaire classique, il déconstruit dans Mouvement sur Mouvement les gestes utilisés par le chorégraphe dans Improvisation Technologies, sortes de démonstrations exposant ses outils et méthodes de composition. Ainsi, le danseur porte un autre discours sur le discours même d’une danse, jusqu’à former une nouvelle chorégraphie, creusant le sillon d’une abstraction portée sur le geste en lui-même. Et l’on appréciera également la citation de Raphaëlle Delaunay du spectacle Quintett du chorégraphe américain, avec son entêtant Jesus Blood never failed me yet de Gavin Bryars, chantonné par la danseuse.

Mouvement sur mouvement de Noé Soulier. Crédit : Chiara Valle Vallomini

Il faut s’attendre à d’autres moments touchants, dans la délicatesse d’une mise à l’épreuve du plateau en solitaire, comme le Peuplé, dépeuplé de François Ben Aïm, qui évolue dans le mystère d’une magnifique scénographie. Ou le Palimpseste de Michèle Noiret, qui offre le secret d’une transmission d’une chorégraphe à un danseur. Un « solo/duo » que David Drouard incarne à merveille, se glissant dans les pas de son aînée comme dans les touches de la musique de Stockhausen. Quant aux Transports Exceptionnels de Dominique Boivin, ils ont la particularité d’allier cette même délicatesse à la monumentalité d’un engin de chantier, qui porte avec élégance et finesse le corps du danseur dans les résonances de la voix de la Callas. Juste magnifique.

Nathalie Yokel

Festival Danse Solo, du 10 au 17 janvier 2017, une programmation du Centre National de Danse Contemporaine d’Angers.

Renseignements et réservations :

Le Quai – Angers

Tél. : 02 41 22 20 20 – www.lequai-angers.eu