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Symphonie pour un ensemble

Quel exemple de modernité ! Aurélie Dupont a eu le flair d’inviter l’artiste formé à l’Ecole du Ballet Royal de Suède, interprète et chorégraphe au NDT et au Cullberg, à produire sa première création pour le Ballet de l’Opéra National de Paris. On en espère d’autres. Pourquoi ? Parce qu’Alexander Ekman a su insuffler un vent de liberté et de réflexion, à travers le fil rouge du plaisir, et, surtout – du vivre ensemble. En effet, la compagnie, depuis les étoiles telles que Stéphane Bullion, aux graines de star comme Juliette Hilaire, se laisse traverser avec bonheur par une pièce en deux temps forts, qui dégage autant une joie ludique qu’une pensée communautaire sans être communautariste (autrement dit, de communion). La scénographie, comme la création musicale en live de Mikael Karlsson, sans même parler de la jolie surprise faite par la chanteuse Callie Day (on n’en dira pas plus), participent de cet élan de solidarité dans le jeu. Des balles vertes, jaunes, jonchent la fosse, où les danseurs s’adonnent à cœur joie à une rencontre dynamique avec le public, force ballons gonflés à l’hélium évocateurs de nos fêtes enfantines à l’appui, tandis que le fond de scène, en hauteur, est habité par les musiciens. Et, s’il y a un peu d’Anne Teresa de Keersmaeker, dans les ensembles enlevés, une pointe de Preljocaj dans les envolées lyriques, Alexander Ekman a su signer de son style Play. Une patte articulée entre l’interaction des interprètes entre eux et avec les spectateurs, qui se renvoient la balle, et un second volet d’une poésie plus sage, plus sombre peut-être, qui dévoile la vanité de l’existence, ce temps qui passe sur notre chair et dont la gaieté est le revers pudique. Du noir au blanc, des lumières incandescentes aux tonalités nocturnes, la pièce révèle notre angoisse dans la pénombre, dans laquelle les enfants, livrés à eux-mêmes dans la solitude, demandent qu’on laisse la porte de leur chambre ouverte, et la libération de l’inquiétude par les retrouvailles avec les autres. Car oui, c’est bien du vivre ensemble qu’il s’agit. Si Béjart avait révolutionné la danse en son temps, par une Symphonie pour un homme seul, Ekman marque le sien par un formidable élan de réunion. La gestuelle, fluide, tour à tour proche de nos mouvements quotidiens, puis onirique, laisse apparaître une société contemporaine dont la trace qui sera laissée sera non pas tant celle des guerres, des conflits intimes et politiques, que celle d’une explosion salvatrice de bonne humeur – le vrai visage de l’humanité, qui surmonte la souffrance par la main tendue à l’autre. Et, à moins d’être insensible, ou « ronchon », on sort du Palais Garnier nourri d’un enthousiasme communicatif qui nous permet de fêter Noël sans – trop – être abattu par les temps de nihilisme individualiste qui sont le malheureux décor du terrorisme. Autre pertinence de la directrice de la danse que d’avoir choisi la période de la Nativité pour inviter un sauveur de morosité. A l’image d’un chaton, qui aurait bien aimé se mêler aux danseurs dans le bain de balles, Play engendre tout – sauf la mélancolie. Un exemple de renouvellement de la vie.

Play – Alexander EKMAN jusqu’au 31 décembre 2017 au Palais Garnier.

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