Vu à L’Apollo Théâtre à Paris

On se souvenait de Fábio Lopez en mémorable belle-sœur dans le Cendrillon de Thierry Malandain. On ignorait qu’en 2015, le danseur et déjà chorégraphe avait fondé sa compagnie à Biarritz, nommée Illicite. S’il se revendique des maîtres, de Cranko à Balanchine en passant par Petipa, Lopez est surtout un homme de son temps : en témoigne EXIL, le programme néo-classique proposé pour ses premiers pas à Paris, début février. Quatre pièces, pour une soirée d’une heure, un inédit en France de Malandain et trois propositions de la jeune génération de chorégraphes néo-classiques européens : Jean-Philippe Dury, ancien coryphée de l’Opéra de Paris installé à Madrid, Iker Arrue, chorégraphe à Düsseldorf, mêlant contemporain et aïkido – si si – et lui-même, Fábio Lopez, et sa jeune compagnie en terres basques.

Les danseurs sont techniciens, le geste est beau, mais ils sont aussi jeunes – très jeunes, et cela se voit par moments. Comme s’il leur manquait un peu d’assurance ici, un peu moins de trac là. L’Entre deux de Malandain est d’une vraie beauté, la danseuse Ambre Bodin y est superbe. Si les lumières n’écrasaient pas la danse, déjà engoncée sur l’étroite scène de l’Apollo Théâtre, on aurait applaudi debout la performance et l’écriture. Le Fabulous failure d’Iker Arrue souffre du même problème : la construction, le jeu, les regards, créés par le Basque ancien élève architecte, s’effondrent, et la pièce semble un OVNI, immature. Dommage. Gravity 0°, de Dury, remet un peu de baume au cœur : la scénographie, riche, d’une baignoire, d’une femme qui se cherche, se perd dans sa folie, raconte, inspire. L’excès vient peut-être de la matière : la danse, illustrative, la poussière, évocative, la peinture, décorative. Auréline Guillot y brille tout de même fort. Il faut attendre Molto Sostenuto, du patron Lopez, pour s’émerveiller : si les interprètes sont jeunes, que la danse est belle, performative mais inspirée, pour parler des voyages intérieurs ! Deux pas de deux, similaires et différents, qui écrivent l’espace avec légèreté et fluidité. Un régal pour les yeux.

Le thème de l’exil pour lier les pièces ? Artificiel, tant les pièces sont disjointes, et pas seulement à cause des longs entractes entre chaque pièce. Lopez aurait pu ne pas chercher à les faire « ne devenir qu’une ». Pour autant, le choix des pièces installe clairement la ligne défendue par le Biarrot : jeune, énergique, technique, narrative. Un projet à suivre, même si l’Apollo Théâtre n’était sans doute pas la scène idoine pour l’épanouir.

Crédit photo: Stéphane Bellocq