Sous le mot « hymne », entendons un grand souffle sonore, qui transporte. Et dans « hymen », la protection d’un endroit laissé obscur, renvoyant au féminin. Il y aurait de ces deux qualités, dans la nouvelle pièce, volcanique, de Nina Santès, sous le titre Hymen Hymne. Le spectateur y fait un voyage au bord de mondes insoupçonnés. Mais très proches.

Ces spectateurs restent debout. Ils déambulent. Les cinq interprètes sillonnent cette masse fluctuante, au contact. Souvent, elles génèrent d’elles-mêmes les lumières, qui les font soudain se distinguer, fugaces, au coeur de la foule. Ces éclats de présence intriguent. Saisissent. Ils nimbent d’une puissance mystérieuse ces artistes qui, sans cela, ne sont que des êtres humains, au sens commun.

crédit photo: Nina Santes

Oui mais Nina Santès veut toucher à l’univers des sorcières. Non pas les caricatures édentées, qui volent sur des balais dans les dessins animés. Mais des puissances qui resteraient proches de tout un chacun. La chorégraphe s’est s’intéressée aux activistes féministes américaines, qui ont restauré une approche contemporaine de cela. Leur néo-paganisme relie l’action directe et des pratiques collectives qui rappellent la magie.

Cela ne se montre pas comme un spectacle, sagement tenu à distance, sur un plateau. Les danseur.ses d’Hymen Hymne s’engagent avec une force époustouflante, notamment de leurs voix, parfois proches du cri, ou du discours insurgé. Il les orchestrent d’impressionnantes scènes collectives de conjuration,  soulèvent une énorme houle vibratoire, qui prend tout l’espace. Le spectateur s’en trouve directement confronté à un déchaînement de puissances possibles. Belle métaphore en actes, du principe de transformation, qui anime toute interprétation.

Spectacle créé dans le cadre du Festival Pharenheit (Le Havre).

Crédits photos: Nina Santes