New-Yorkaise vivant en France, DD Dorvillier nous donne la sensation de revivre les expérimentations de l’abstraction formelle américaine des années 60 et 70. Elle aborde ses propres pièces antérieures comme un « catalogue de pas », dans lequel puiser à l’abri de tout penchant affectif ou expressif. Reste à les agencer, dans sa pièce Only One of Many. Elle le fait avec la complicité du musicien Sébastien Roux. Lui compte sur un algorithme pour produire des sons dont il soit sûr qu’ils ne se répètent jamais à l’identique.

Une règle du jeu est posée. Toute simple. Il y a deux principes musicaux : ou bien la diffusion d’un son unique invariant, sur toute une séquence. Ou bien l’opposé, c’est à dire la diffusion de toute une quantité de sons toujours différents. Pour la danse, c’est exactement pareil : ou bien le minimalisme répétitif d’un seul pas invariant. Ou bien une profusion de gestes tous différents, qui n’est pas sans rappeler les récents 10 000 gestes d’un Boris Chamatz, mais alors débarrassés de toute fièvre démonstrative.

Crédit photo: Pierre Gondard

Cela posé, place à une combinatoire. Le son invariant pourra s’accompagner des gestes à profusion. Le pas invariant pourra s’accompagner d’une absence totale de son. Les sons à profusion pourront s’accompagner des gestes à profusion. Six combinaisons de la sorte sont possibles, qui déterminent six séquences fortement contrastées, enchaînées l’une après l’autre sur le plateau, dans une configuration d’arène, où gestes et sons se perçoivent en multi-dimensions.

Croirait-on que la chose soit aride, voire rébarbative ? Ce serait sans compter sans la magnifique trempe contemporaine de la danseuse et de ses deux partenaires au plateau (Katerina Andreou et Ayşe Orhon). Aussi robustes que zen, elles donnent à tout cela un ton aussi bien fluctuant que consistant. Mais c’est surtout que les principes mis en œuvre sont à ce point ouverts, qu’ils restent inoxydables, comme à l’abri de tout vieillissement.

Prochaines dates: April 27 & 28, 2018 KAAI Theater (Brussels, Belgium)

Spectacle vu le 26 janvier 2017 au Centre Pompidou (Paris).

crédit photo: Félicie Barbey

Crédit photo: Pierre Gondard