Vendredi 15 juin 2018, Annie Bozzini présentait la saison bruxelloise de Charleroi danse. « Cette saison est essentiellement composée de créations ici à la Raffinerie », précisait-elle. Un choix ambitieux et une prise de risque dont on se réjouit et qui sont à l’image de sa nouvelle directrice.

Soulignons, donc, deux programmations aux focus différents : l’une aux Écuries (Charleroi) qui entend consolider la relation avec les publics et les partenaires locaux, avec une offre importante de spectacles et d’ateliers, et l’autre à la Raffinerie (Bruxelles), s’axant surtout sur la création et la valorisation de l’héritage. À Charleroi, c’est Boris Charmatz, artiste en résidence, qui ouvre la danse avec A Dancers’s Day, une journée type du danseur autour du spectacle 10000 gestes. On verra ensuite défiler grand nombre d’artistes, notamment Akram Khan (et ses 46 danseurs au plateau !) avec Giselle, Lisbeth Gruwez, Thierry Smits mais aussi une programmation jeune public avec Hocus Pocus de Philippe Saire, Corps Confiants de Félicette Chazerant et Cartoon d’Anton Lachky. À Bruxelles, Romances inciertos, un autre Orlando de François Chaignaud et Nino Laisné constitue le premier lever de rideau (voir l’entretien avec les deux artistes, Ballroom n°19). Puis, des créations  d’Ali Moini, Ashley Bathgate et Lorenzo De Angelis, Kyung-Ryu, Marco Berrettini, David Wampach, Olga de Soto, Marco da Silva Ferreira, Louise Vanneste, Benoît Lachambre et Salia Sanou.

Avec le festival LEGS, toujours à la Raffinerie, Annie Bozzini souhaite « réconcilier la danse avec sa propre histoire ». Nous avions déjà été conquis d’ailleurs par A Taste of Ted, relecture plus que réussie des danses de Ted Shawn et Ruth St Denis (lire la critique dans Ballroom n°18) présenté dans le cadre du festival en avril. La programmation de cette deuxième édition est en cours, mais on annonce déjà Robyn Orlin, Bryan Campbell, Daniel Linehan, Madeleine Fournier, Josef Nadj.

Sera également mis en place dès la rentrée, et en partenariat avec diverses institutions de la région, un dispositif de formation intitulé Danse et pratiques chorégraphiques s’adressant aux danseurs, chorégraphes et artistes (entre 20 et 30 ans attention !) souhaitant approfondir leurs connaissances. À la clé, un certificat de formation continue (équivalent Master niveau exigence) et des intervenants tels que Boris Charmatz, Marco Berrettini, Brice Cannavo, Benoît Lachambre, Karel Vanhaesebrouck, Julie Petit-Etienne ou encore Olga de Soto.

C’est avec la projection du film muet Egged On de Charley Bowers (1926) accompagnée live par les musiciens de l’association Cinemaximiliaan que s’est achevée la présentation au 5e étage de la Raffinerie. Sur scène, un groupe de musiciens venant d’Afghanistan, d’Iran, d’Irak, de Syrie et d’Europe occidentale ont fait vibrer toute la salle qui s’est alors remplie davantage d’enfants et de familles. Puis, tous ont été conviés à partager un repas cuisiné par les membres de l’association, voisine de la Raffinerie, dans une ambiance festive. Avec cet événement, déjà, Annie Bozzini a réussi à créer, en pratique et sans donner l’impression d’en faire trop, une véritable rencontre entre plusieurs communautés, celle des professionnels de la danse, des habitants du quartier, des voisins de palier que sont les Cinemaximiliaan (dont le travail est remarquable), mais aussi entre diverses pratiques artistiques et culturelles. On ne peut que féliciter l’équipe pour cette soirée de présentation tout à fait réussie et se réjouir de cette deuxième saison de Charleroi danse « nouvelle formule » qui s’annonce plus que prometteuse.

Lise Spektor

www.charleroi-danse.be

 

Photos : A Dancer’s day, 10000 gestes de Boris Charmatz. Crédit Ursula Kaufmann. Romances inciertos de François Chaignaud et Nino Laisné. Crédit Nino Laisné.