Le numérique est au cœur du projet de Stereolux, haut lieu de la musique à Nantes. Les arts numériques ? Plus encore, car c’est davantage la culture numérique que brasse la programmation, dans un large éventail d’événements, de rencontres, de concerts, d’expositions, de tables-rondes… C’est ce que montre la 17e édition du festival Scopitone, qui ouvre la saison, avec un chorégraphe invité pour sa première mondiale.

C’est Hiroaki Umeda qui revient à Stereolux avec sa nouvelle création pour la soirée d’ouverture. Attention les yeux, attention les oreilles, le Japonais ne fait pas dans la nuance lorsqu’il s’agit d’immerger le public dans son univers. Ses œuvres – principalement des solos – s’appuient sur la video-projection d’images au cœur de la boîte noire de la scène. Toujours abstraites, elles jouent sur une relative simplicité : des lignes, des points… Digne héritier du cinéaste expérimental Norman McLaren, il crée une tri-dimension dans lequel son corps tient une présence singulière. Également mû par un environnement sonore très prégnant, le danseur semble chaque fois profondément ancré à la fois dans le sol mais aussi dans l’espace mouvant de lumières qui l’entoure et qui englobe notre regard. Pas étonnant qu’Hiroaki Umeda ait commencé son parcours d’artiste par la photographie. Si la danse l’a vite rattrapé, en s’essayant au hip hop et au classique, puis au contact du chorégraphe Saburo Teshigawara notamment, son style gestuel n’emprunte qu’à lui-même. Son corps devient le réceptacle des vibrations impalpables produites par son dispositif technologique, qu’il restitue dans un dialogue avec la lumière et la musique. A la fois fluide et sensuel comme un chat, son mouvement sait jouer de blocages et d’arrêts spectaculaires qui suspendent le temps. De quoi laisser le spectateur comme happé par ce qui s’imprime, durablement, au creux de sa rétine.

Pour cette nouvelle pièce, Hiroaki Umeda use de la technologie pour se tourner davantage vers le corps, dans sa dimension biologique et microscopique. Median puise sa matière dans des données que lui fournit la science, en allant chercher au niveau cellulaire de quoi alimenter son processus informatique. Où il est question de la molécule, de l’infiniment petit, pour mieux parler du corps, de son lien avec l’espace, avec le temps… Ici, l’informatique avec ses cohortes de 0 et de 1 fusionne avec la matière vivante, la chair, la Nature. Hiroaki Umeda pousse plus loin le dialogue entre le corps et la technologie : il devient un échange de matière à matière, d’énergie à énergie, de l’échelle microscopique à l’échelle cosmique. Une fois encore, cette création promet d’être un monde de sensations pour le public, au-delà d’une expérience purement esthétique.

Après cette pièce-déflagration, le ton est donné pour le reste du festival ! Scopitone a su se trouver une place dans la cour des grands en invitant chaque fois des artistes d’envergure internationale tout en gardant un œil vif sur la recherche et sur la jeune création. Les Français n’ont jamais été en reste dans le domaine musical ; cette année, Miss Kittin, Rebeka Warrior, Madben ou Vladimir Cauchemar sont à l’honneur à côté d’une scène russe ou espagnole très revigorante. Scopitone n’est pas réservé aux noctambules : les expositions constituent également une large part de la programmation, que l’on peut arpenter en famille. Performances, conférences, nuits électros, afters, l’intense scène numérique aborde toutes les formes et tous les espaces, de Stereolux au château des Ducs de Bretagne, jusqu’au Pôle étudiant ou à Saint-Herblain.

Nathalie Yokel

Festival Scopitone, du 19 au 23 septembre 2018, Nantes.

Median, d’Hiroaki Umeda, le 19 septembre 2018 à 20h à Stereolux, 4 boulevard Léon Bureau, 44000 Nantes.

www.scopitone.org

 

 

Crédit photo : Hiroaki Umeda