L’enseignement initial et supérieur de la danse – hors écoles privées – est soumis aux politiques publiques. Initiée par la Direction Générale de la Création Artistique (DGCA), entre les mains de Sylviane Tarsot-Gillery depuis 2018, la réforme de l’enseignement initial et supérieur de la musique, de la danse et du théâtre, appelée réforme des conservatoires, envisage plusieurs modifications… plus d’ordre technocratique que philosophique. Le 13 février dernier, le Sénat auditionnait les acteurs concernés : DGCA, collectivités, conservatoires, parents d’élèves. Voir la vidéo.
L’organisation de l’enseignement est le nœud gordien de la réforme : il s’agit de la recentrer sur le projet de l’usager (et non plus de l’élève : sur ce point, lire l’article de Catherine Kintzler qui relève non sans humour le changement lexical – donc idéologique – de l’approche). Ainsi, faire des conservatoires des établissements au service des amateurs, plus nombreux que les professionnels en devenir. Un tronc commun basé sur les projets amateurs qui ne renie pas l’excellence, serti de classes préparatoires pour celles et ceux voulant tenter les études supérieures, professionnelles.
Plusieurs risques sont soulevés par ceux qui réagissent :
– La personnalisation du contenu pédagogique qui mène(rait) à la réduction du tronc commun, et à l’ajout de cours à la carte – rappelant en cela les réformes de l’Education Nationale – dans le but de faire de l’usager l’acteur de sa destinée culturelle. Si, désormais, c’est l’usager qui décide de ce qui est bon pour lui, on sort de l’enseignement pour rentrer dans la consommation : d’aucuns font miroiter la création d’une génération d’autodidactes, qui permettra sans doute la floraison d’écritures atypiques, mais aussi la montée d’artistes qui se croiront affranchis des règles, sans les avoir apprises.
– L’économie de l’offre et de la demande poussera les conservatoires à constituer des formations répondant aux attentes des usagers – pour la danse : danses urbaines, du monde, etc. Et qui dit ouverture des disciplines, dit perte relative et transfert d’excellence vers les  établissements qui le pourront, l’économie du milieu recréant de facto une nouvelle hiérarchisation. Cela signifie aussi le changement des équipes pédagogiques : moins d’heures pour les professeurs actuellement en poste – donc précarisation – presque considérés comme des animateurs socio-culturels, adaptables à toutes les disciplines. Excellence, disions-nous.
– La création d’un diplôme attestant d’une pratique amateur autonome questionne également beaucoup : après la réflexion controversée sur le statut de l’amateur, cette idée d’amateur diplômée est vue comme péril pour les certificats et diplômes existants, mais aussi pour les professionnels, qu’une reconnaissance de la qualité des amateurs viendrait mettre en péril du point de vue de l’emploi.
– Quant aux classes préparatoires, pensées comme un nouveau tremplin vers les conservatoires supérieurs (Paris, Lyon), supposées s’ajouter au cursus centré sur la pratique amateur, elles laissent songeur.
La transformation des conservatoires, lieux d’apprentissages, en lieux de développement artistique personnel – si l’on peut résumer ainsi – à l’instar des Maisons des Pratiques Artistiques Amateurs ou des MJC, semble inquiéter les principaux concernés. C’est pourtant davantage le classement des établissements (la fin du « rayonnement » au profit de labels liés à leur degré d’excellence d’enseignement : amateur, pré-professionnel, professionnel) et le niveau des financements (rôle de l’Etat, poids politicien des collectivités territoriales) qui noyautent les discussions. La philosophie politique a-t-elle donc disparu, au profit de la com’ ?

A lire en sus :
– « Les jeunes ont envie de se sentir impliqués et non simplement d’apprendre. » – Davy Brun, directeur des études chorégraphiques au CNSMD de Lyon (Le Progrès, 30/03/18)