Extension Sauvage : quand la scène se met au vert.

Si les théâtres peuvent impressionner, autant en faire sortir le spectacle vivant pour qu’il rencontre son public. Comme les beaux jours reviennent, gagnons les jardins : l’heure est de toute façon au vert. C’est justement l’idée de Latifa Laâbissi, chorégraphe et directrice du festival Extension Sauvage, qui invite le public à prendre l’air à Combourg depuis 2011.


Prendre l’air ? Une envie simple : toutes les propositions du festival ont lieu en plein air. Et parce qu’on n’invite pas n’importe quoi en pleine nature, Latifa Laâbissi a choisi des œuvres contemporaines avec soin, pour « des expériences sensibles, écologiques et chorégraphiques ». Une sélection comme un exercice de style, pour montrer la communion de la culture avec la nature, quitte à pousser les artistes à recréer les pièces pour le « hors-les-murs ».

On y retrouve ainsi le Duchesses, de François Chaignaud et Marie-Caroline Hominal, qui fait du hula hoop un instrument de tension autant que de libération : tombera, tombera pas ? Et quoi de mieux pour apprécier les muscles en jeu que la nudité des interprètes ? Fascinant. De même, le Parlement de Joris Lacoste, qui use de la musicalité de la parole humaine, grâce à l’Encyclopédie de la Parole, ou le Danza (fuera) permanente, où DD Dorvillier traduit par le geste l’Opus 132 en la mineur de Beethoven : des œuvres d’envergure. Toutes ces pièces prennent-elles un autre sens, une fois sorties des théâtres ? A vous de voir.

Et parce qu’il est question de nature, on ne manquera pas de s’y reconnecter : Sophie Milbeau invite à la découverte du shirin-yoku, ces promenades en forêt quoi soignent l’esprit, Nathalie Salmon propose un atelier de pratique dans l’herbe, et Marzena Krzemińska, une Conversation excentrique avec l’environnement, performance où trois danseurs nous montrent ce que serait l’homme dans un contact connecté, primitif, étonné à la nature.
Notre coup de cœur : le Bal du tout-monde de Marie Houdin, invitation à partager ces danses créolisées venues d’Afrique, pour ne faire qu’un avec l’environnement rural comme urbain.

A bien regarder, les propositions relèvent du déplacement du propos hors de son berceau, de la controverse à la normalité, usent de la voix, de l’objet, des références, pour enrichir le propos : tout cela ressemble à l’écriture de Latifa Laâbissi. Un festival qui lui ressemble, un festival-œuvre.


Extension Sauvage
28 et 29 juin 2019 à Combourg (35)
www.extensionsauvage.com
02 99 54 38 33

Photos :
Bal du tout-monde, de Marie Houdin © Thomas Guionnet
Dansez dans l’herbe, avec Nathalie Salmon © Richard Louvet
Danza permanente, de DD Dorvilllier © Thomas Dunn