Le Comité Olympique l’a annoncé : lors des Jeux Olympiques de Paris 2024, quatre nouvelles disciplines entreront en lice – surf, escalade, skateboard et breakdance. Le break, art et sport ?


La dichotomie est éternelle, et secoue autant les amateurs que les professionnels – les premiers pratiquant la danse comme d’autres une activité sportive, et la considérant comme telle ; les seconds ayant choisi la discipline pour l’art qu’elle est. Mais chacun reconnaissant que l’autre a aussi raison, en partie. Alors parce que la danse est autant un sport qu’un art, quoi de plus naturel que les deux ministères, des Sports et de la Culture, se penchent sur son berceau ?

Le hip hop, dont la virtuosité passe par la performance physique autant que par la force d’évocation, s’est lancé dans le pari d’être reconnu dans les théâtres autant que dans les arènes. Mais le hip hop est avant tout l’émanation d’un courant culturel, issu des rues, des minorités invisibles, relève d’une Amérique idéalisée et d’un certain goût pour l’anticonformisme, la rébellion, l’affranchissement, le dépassement de soi. La Fabrique de l’Histoire en avait joliment brossé l’évolution en 2014…

Dans les centaines de battles organisées partout en France, on s’en réjouit. Le hip hop (et le break en particulier) s’est développé lors de ces joutes où le meilleur l’emportait : la discipline a donc le sens de la compétition. Une présence aux Jeux Olympiques, c’est un adoubement, une entrée dans la cour des grands. Chez les interprètes professionnels, souvent eux-mêmes issus de la scène urbaine, des battles et des jams, la décision passe relativement inaperçue : s’ils ont choisi le hip hop de création, c’est souvent en abandonnant la scène de compétition. Leur hip hop se mêle souvent, d’ailleurs, de danse contemporaine.

Pour les chorégraphes de danse urbaine, l’enjeu est plus problématique. Alors que le hip hop s’impose peu à peu sur la scène des théâtres, dans le sillage de ses artistes stars, Mourad Merzouki et Kader Attou en tête, c’est au prix de longues années de travail pour que son image relève de la poésie, de l’expression artistique. La performance physique n’y est pas l’alpha et l’omega de la pratique. « Pour moi, il est important que cela reste une danse et qu’on ne valorise pas avant tout les figures, la performance. Car au-delà d’une danse, c’est un art, une manière de s‘exprimer et de communiquer avec les autres. » dit la chorégraphe Anne Nguyen sur France Culture. Une image, donc, qu’il ne faudrait pas faire revenir à la performance pure.

La question est celle de toutes les danses : le classique, la danse de salon, le rock acrobatique,… toutes cherchent à valoriser l’exigence de leur pratique physique digne d’athlètes de haut niveau, tout en préservant la profondeur de leur expressivité artistique. Et de comment ménager l’un sans perdre l’autre.

A voir, donc, si la discipline changera de visage aux J.O., d’autant que leur présence doit encore être validée en décembre 2020 par le Comité.

Photo : Hip hop games © Bahadir Badi Berber