Après le plutôt décevant Noureev de Ralph Fiennes, un autre grand de la danse est à l’affiche : Carlos Acosta. L’Espagnole Icíar Bollaín, à qui l’on doit le sublime Rabia (2010) et le délicat L’olivier (2016), lui consacre un portrait réjouissant, où la danse dépasse les clichés et les frontières.

« Oublie nous, oublie Cuba. Fais moi confiance ! » Tout est dit, dans cet ordre comminatoire : un père ordonne à son fils de quitter son pays et sa famille pour danser. Ce qui frappe, dans le destin de Carlos Acosta, qui va devenir la super star du Royal Ballet de Londres, c’est l’inversion des situations. C ‘est son père, camionneur et fils d’esclave, qui rêve de danse pour lui. Le petit Carlos préfère « être Pelé », et déteste le ballet. Il travaillera ses dons dans la souffrance et la solitude. Ce biopic très fidèle aux faits mais cinématographiquement inventif, a su devenir un grand film de cinéma par la force des répliques de Paul Laverthy, scénariste de Ken Loach.

Riche, le film jongle avec des strates thématiques qui s’imbriquent fort bien : c’est un film politique, historique, social. Et c’est aussi et surtout le double destin d’un enfant et de son père tyrannique, lien troublant et très émouvant, grâce à la qualité parfaite du casting : l’enfant, Edilson Manuel Olbera, est époustouflant, le père (Santiago Alfonso) est impressionnant, et la présence quasi mutique d’Acosta lui-même renforce l’irréel de ce destin pourtant bien vrai.


Yuli
Film d’Iciar Bollain, 110mn
En salles depuis le 17 juillet
Toutes les séances sur Allociné.

Photo © Denise Guerra