Bien sûr, on ne pourra pas échapper à Merce Cunningham, pionnier de la danse moderne dont on fête autant le centenaire que les dix ans de sa disparition. Le chorégraphe américain est de toutes les célébrations, de tous les festivals, nombreux sont les hommages, contribuant à la pérennité de son souvenir… A notre époque qui manque de mémoire et dans une discipline qui ignore souvent ses maîtres, l’initiative est évidemment bienvenue.

Célébrant un rénovateur, le Festival d’Automne n’oublie pas de mettre en lumière les créateurs contemporains. Cette année, la performeuse et chorégraphe La Ribot obtient les honneurs d’un portrait en bonne et dûe forme : son répertoire est présenté avec opulence, pour permettre au spectateur de s’approprier son travail, sa pensée, sa vision du monde. Et Ballroom s’en réjouit.

La Ribot, « Another Distinguée » © Anne Maniglier

Nous vous parlions de l’artiste dans Ballroom #13. Née en Espagne en 1975, Maria Ribot se forme en danse classique, moderne et contemporaine. Enfant de la Movida, durant laquelle elle s’engage dans la création et la pensée contemporaines, créant ses propres pièces, dont les Pièces distinguées qui feront sa renommée (1993-94), et cherchant à former un groupement d’artistes pour créer un mouvement artistique, elle quitte pourtant l’Espagne en 1997 pour fuir l’inertie de la danse, au profit de Londres, puis de Genève.

Pourquoi aller la (re)découvrir ? Pour son approche de l’œuvre, de l’art, qui illumine notre propre rapport à l’art, qui nous questionne autant que le monde. Toujours en mouvement, ses pièces, entre installation et performance, ont une radicalité qui apparaît immédiatement, et qui prend toujours plus de saveur à mesure que l’on voit ses propositions, l’une après l’autre. Aux prises directes avec les corps et les idées, La Ribot nous renvoie face à nos comportements, qu’il s’agisse de la consommation (Still distinguished, 2000), de la punition (Laughing hole, 2006), de l’image que l’on se fait de l’art (El triunfo de la Libertad, 2014). Le Festival d’Automne programme six de ses créations, dont la quasi intégralité de ses pièces distinguées (Panoramix, recueil des Pièces distinguées de 1993 à 2003, au Centre Pompidou du 14 au 22 septembre, puis Another Distinguée (2016) du 11 au 16 novembre au CentQuatre),et deux créations particulièrement alléchantes : Happy Island, où il est question de conquête de la liberté, avec les Portugais de Dançando com una Diferença, compagnie qui met en scène des artistes en situation de handicap, dont nous parlons dans Ballroom #23 bientôt en kiosques, et Please please please, avec Thiago Rodriguez et Mathilde Monnier, sa dernière création, où le corps se rebelle contre les diktats de l’institution qui le promeut dans l’art. Deux pièces qui se répondent, font front commun contre les normes, les censures, les limites.

La Ribot & Dançando com a Diferença, « Happy Island » © Júlio Silva Castro

Et pour mieux saisir la pensée de l’artiste, parce que le spectacle brut peut être intimidant ou déroutant, le Festival d’Automne propose également deux expositions Se Vende (partie 1 du 14 au 22 septembre au Centre Pompidou ; partie 2 du 5 octobre au 16 novembre au Centre National de la Danse) : cahiers de notes remplis de dessins, citations, réflexions, mais aussi installations filmiques, performances fortes et regards de l’artiste, qui permettent de se plonger dans son principe créatif autant que dans l’œuvre finie, pour rendre son travail toujours plus sensible au spectateur. Vous en sortirez fort·e·s de l’énergie puissante de son écriture.

Carnet d’artiste, La Ribot, 2003 © La Ribot


Portrait La Ribot
Festival d’Automne – site
Du 14 septembre au 22 novembre 2019 – En savoir plus
La Ribot : www.laribot.com/home

 

Photo de couverture : La Ribot, Panoramix (1993-2003) © Alfred Mauve