QUESTIONS CROISÉES À 6 PROGRAMMATEUR (Pt.1)



1 – Quel a été votre parcours de formation jusqu’à aujourd’hui, comment en êtes-vous venu àvotre fonction de programmateur?

J’ai commencé des études d’architecture puis de lettres avant de faire diverses formations en relation avec le milieu du spectacle. Je suis devenu programmateur grâce à la meilleure école qui soit : l’école du regard. J’allais voir le plus de spectacles possibles, les formes les plus diverses, les plus novatrices, même controversées. La curiosité est une vraie qualité, pour un programmateur.

2 – Aujourd’hui, pour quel lieu ou manifestation programmez-vous?

Je mets en place la saison culturelle du théâtre de Vanves ainsi que celle du festival Artdanthé qui en est une partie incontournable.

3 – Comment programmez-vous? (Critères artistiques, économiques, autres, lesquels? Critères ou contraintes politiques..?)

Je reçois beaucoup de compagnies en rendez-vous et je les écoute sans a priori. La qualité artistique du projet est le critère principal. Je trouve particulièrement intéressants les projets qui questionnent la société, la politique. J’aime les compagnies ambitieuses. Les nouvelles formes m’attirent beaucoup. Je trouve très intéressant et riche pour les artistes de confronter des projets émanant de compagnies confirmées à des projets émergents. Je ne pourrais pas programmer en faisant des concessions aux politiques.

4 – Quelles sont les causes d’un « refus de programmation »?

Pourquoi? Le côté convenu d’un projet. Les projets qui se prétendent efficaces. De façon générale, les projets à faible ambition artistique et culturelle. Je ne vois pas l’intérêt de les défendre.

5 – Comment programme-t-on quand on ne travaille pas pour un lieu, une scène, un espace défini et reconnu?

Je n’ai jamais été confronté à ce cas de figure.

6 – Quelle est l’importance des coproductions, résidences et autres dispositifs d’aide à la création en regard de la programmation?

Sont-ils une garantie de diffusion, quoique parfois restreinte? Ce sont des outils essentiels à la création. C’est le fer de lance de notre politique en faveur des jeunes compagnies. Avoir des artistes en résidence, les accompagner, suivre leur évolution, les soutenir financièrement par le biais de la coproduction est fondamental et a une place importante dans le projet artistique du lieu. Les coproductions, permettent à de nombreux projets de voir le jour. L’important est que les structures soient nombreuses à se mobiliser, même avec des sommes peu élevées.

7 – Avez-vous l’ambition d’avoir une action sur le goût et /ou l’esprit du public? Quels moyens -économiques ou autres – sont mis en œuvre à cette fin?

Le public est curieux mais souvent frileux par rapport aux esthétiques contemporaines. Pour l’amener à être curieux, nous avons mis en place, il y a maintenant presque 10 ans, l’école du spectateur. Conçue comme un lieu d’échanges, de rencontres et de pratique artistique (ateliers, stages, spectacles participatifs…) ouvert à tous sans distinction de niveau ou de familiarité avec la discipline concernée, elle permet à tout un chacun d’entrer dans l’univers artistique d’un chorégraphe ou d’un metteur en scène. Elle permet de prolonger l’expérience de spectateur, d’aiguiser son regard, et de développer un rapport au spectacle qui ne soit pas de simple consommation. Les rencontres, présentations de maquettes, mises en espace et lectures permettent également au public d’entrer de plain pied dans la création contemporaine et de se familiariser avec les différents langages. Nous essayons au maximum de susciter des discussions entre le public et les artistes, au bar, de façon détendue et conviviale.

8 – Existe-t-il une tendance, voire un risque, d’uniformisation des choix de programmes, et donc des goûts du public ? Pourquoi ? En ce cas, comment y remédier ?

Bien sûr, le risque d’uniformisation du goût est très présent. Si la majorité des programmateurs va à l’efficace. Prendre des risques artistiques, proposer des projets jamais vus, accompagner des formes plus radicales est essentiel. Ces projets nécessitent un accompagnement plus important du public : la médiation culturelle prend ainsi tout son sens. Pour y remédier, il faut construire une saison culturelle comme un acte artistique, être très vigilant quant à l’articulation des différents projets au cours de la saison, à l’équilibre. Il faut créer des moments de fulgurances. Il faut mettre en place une vraie dramaturgie de saison.

Le premier défi de la programmation est de faire venir les gens. Lorsque nous programmons, nous pensons à l’ensemble du réseau de diffusion (potentiellement 25 000 personnes par représentation). En moyenne, l’association Atypik accueille 8 à 10 000 personnes chaque année pour trois ou quatre spectacles et une douzaine d’ateliers pédagogiques qui mettent en place un dialogue entre artistes et publics…pour le plaisir. Les propositions doivent être variées, aller dans le sens des goûts du public, mais aussi en inventer et en déconstruire. Nous ne sommes pas là pour reprendre les codes de la programmation classique. Il est important aussi que nous alignions nos projets avec ceux des autres structures culturelles afin de renforcer le réseau – c’est-à-dire faire coïncider les offres locales qui viennent en complément d’une ou plusieurs propositions d’envergure nationale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.