QUESTIONS CROISÉES À 6 PROGRAMMATEUR (Pt.2)



1 – Quel a été votre parcours de formation jusqu’à aujourd’hui, comment en êtes-vous venue à votre fonction de programmateur ?

EJ : Mon premier métier, après mes études en psychosociologie et mon DE, a été éducatrice spécialisée. J’ai toujours pratiqué la danse et pendant mon adolescence j’ai eu la chance d’être mise en relation avec la Biennale de danse du Val-de-Marne dont j’ai beaucoup fréquenté les spectacles et les stages. Mon envie de tout voir et de tout comprendre a sans doute été un moteur dans le désir de relier ensuite cela à un parcours professionnel. J’ai donc quitté l’éducation spécialisée pour travailler dans une agence d’événementiel qui fonctionnait avec des collectivités territoriales pour la mise en place d’événements artistiques. J’ai suivi pendant un an une formation en direction de projets culturels, puis je suis devenue directrice d’un théâtre de ville à Torcy-Marne-La-Vallée, qui avait un conservatoire et deux énormes studios de danse avec beaucoup de pratiquants. J’ai tout de suite voulu développer la danse en lien avec la transmission. La compagnie Roc in Lichen travaillait à la MJC, mon premier réflexe a été d’aller les voir pour faire quelque chose ensemble. Ça a commencé comme ça. Accompagner les projets chorégraphiques, bidouiller pour leur donner des studios, commencer à structurer un projet danse pour le lieu… . Avec l’arrivée de José Manuel Gonçalvès, nous avons constitué un binôme avec la Ferme du Buisson pour l’accueil des compagnies aux studios et au plateau, pour avoir de l’ambition et des moyens. Parallèlement, j’ai suivi le DESS Direction de projets culturels à l’Observatoire des Politiques Culturelles, afin de mieux appréhender les enjeux artistiques sur un territoire.

NY : Comme Emmanuelle, je suis une enfant de la Biennale de Danse du Val-de-Marne. Je suis entrée dans la danse par la pratique, grâce à des gens très engagés qui ont su éveiller en moi une curiosité et un intérêt pour la danse que j’ignorais. En me formant ensuite au département danse de l’université Paris 8, j’ai découvert toute une pensée en mouvement. J’ai commencé par écrire sur la danse pour le Magazine Danser et le Journal La Terrasse, et j’ai continué tout en entrant au Théâtre Louis Aragon sur des missions de communication. J’y ai ensuite exercé tous les métiers liés au territoire – relations publiques, action artistique – pour ensuite prendre la responsabilité du secteur danse – programmation, mise en place des résidences chorégraphiques…

2 – Aujourd’hui, pour quel lieu ou manifestation programmez-vous?

Théâtre Louis Aragon, scène conventionnée danse de Tremblay-en-France : la programmation d’une saison de spectacles + la programmation de la « Belle scène Saint-Denis » à Avignon en partenariat avec le Forum de Blanc-Mesnil + programmation d’un temps fort d’ouverture de saison 3D Danse Dehors Dedans.

3 – Comment programmez-vous? (Critères artistiques, économiques, autres, lesquels? Critères ou contraintes politiques..?)

C’est un défrichage, nous voyons un maximum de propositions. Nous portons attention à ce qui se passe dans le paysage chorégraphique actuel. En tant que scène conventionnée, il faut que nous soyons vigilants à l’équilibre de nos propositions, avoir une offre diversifiée de tout ce qui se produit dans le champ chorégraphique, un panorama de plusieurs esthétiques. Une diversité esthétique. Après, on réfléchit à toutes les façons possible d’amener l’œuvre au public, pour que le spectateur puisse recevoir l’œuvre dans les meilleures conditions. La contrainte politique n’existe pas au quotidien. Elle est intégrée car on connait les enjeux du territoire. On sait qu’il faut partager la prise de risque avec les élus si on veut amener une œuvre non consensuelle. Nous ne recevons pas d’injonctions politiques. Le statut de scène conventionnée nous donne des marges de manœuvre puisque les élus ont validé la dimension d’accompagnement de la création avec tout ce que cela comporte de risques.

6 – Quelle est l’importance des coproductions, résidences et autres dispositifs d’aide à la création en regard de la programmation? Sont-ils une garantie de diffusion, quoique parfois restreinte?

NB : La programmation de la saison danse se base avant tout sur le travail des compagnies que nous accueillons en résidence dans le cadre de notre dispositif « Territoire(s) de la Danse ». Nous partons d’elles avant toute chose, donc de leurs créations, que nous coproduisons et diffusons, et de leur répertoire si elles en ont; de façon à présenter au public différentes facettes de leur travail. C’est notre point de départ. C’est ensuite que nous faisons rentrer d’autres propositions artistiques venues d’autres compagnies, en faisant en sorte qu’elles entrent en résonance les unes avec les autres, ou qu’elles s’inscrivent en contrepoint… Nous cherchons à ce que la programmation ne soit pas un catalogue de spectacles, mais un ensemble qui produise de la cohérence tout en cultivant les différences dans un souci de diversité et de singularité.

7 – Avez-vous l’ambition d’avoir une action sur le goût et /ou l’esprit du public? Quels moyens -économiques ou autres..- sont mis en œuvre à cette fin?

Nous avons l’ambition d’avoir une action sur la curiosité et l’ouverture du public. Faire découvrir. Partager des choses que l’on trouve intéressantes avec d’autres gens qui ne sont pas dans la familiarité avec la sortie au spectacle. Nous ne voulons pas imposer un jugement, une vision unique sur les choses, mais permettre aux personnes de vivre des expériences partagées, de se familiariser avec des langages, des pratiques, des visions du monde. A chacun d’en faire ce qu’il veut. Néanmoins, les actions de territoires œuvrent à rapprocher les artistes des publics.

8 – Existe-t-il une tendance, voire un risque, d’uniformisation des choix de programmes, et donc des goûts du public? Pourquoi? En ce cas, comment y remédier ?

C’est quoi, le goût du public à Tremblay-en-France ou ailleurs ? Nous ne posons pas la question dans ces termes là. Ce qui nous intéresse, c’est de proposer des choses à découvrir, qui vont surprendre, déranger… sans tenir compte d’un goût qu’on imaginerait être celui du public. Oui, il existe des réseaux professionnels qui peuvent chercher à orienter nos choix. Il n’en reste pas moins que l’on ne perd jamais de vue, ni notre territoire d’implantation, dont on ne peut pas se déconnecter, ni ce que nous-mêmes pensons être juste de soutenir.

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